Le théâtre de la Restauration

Dans l'histoire théâtrale de l'Angleterre, la période de la Restauration est très importante car elle correspond à la réouverture des lieux de spectacle, et la reprise de l'activité dramaturgique qui avait été interdite sous le régime de Cromwell. Les Anglais retrouvent alors leur tradition théâtrale avec un profond soulagement et des débordements de joie.
Ce pays, habitué aux plaisirs de la scène durant l'intense période d'effervescence créatrice du théâtre élisabéthain, puis celle de Ben Jonson, avait mal vécu cette privation de plusieurs années.
En revenant sur le trône, Charles II rend au théâtre toute sa place dans une société qui le chérit. D'autant que les nobles et les lettrés, qui se sont exilés durant la république, ont pu apprécier le théâtre de leurs voisins et en particulier celui de la France, et ne demandent qu'à renouer avec le spectacle sur leur propre territoire.

Portrait de Ben Jonson
   
Mais Charles II ne se contente pas de redonner à l'Angleterre ce qu'elle avait perdu ; il lui offre en plus, en 1661, quelque chose qu'elle n'avait jamais connu : l'autorisation de voir des femmes sur scène.
L'arrivée des actrices provoque un engouement inouï.
Ceux qui, par la suite, voudront minimiser l'apport du théâtre de la Restauration diront que son public est davantage motivé par le plaisir de voir des femmes sur scène que par la qualité intrinsèque des pièces proposées.
   
Il faut dire que la production théâtrale de cette époque a été beaucoup critiquée tant elle se situe hors des normes en vigueur. Elle est en fait à l'image d'un peuple qui se libère des tensions et privations qui l'ont opprimé. Son credo est donc l'insouciance, et le genre qui la caractérise le mieux est la comédie de mœurs. Cette dernière, cynique et libertine à souhait, fera honte à l'Angleterre des siècles suivants qui s'appliquera d'ailleurs à l'oublier.
Portrait de Congreve
   

Pourtant, les dramaturges anglais d'alors ne manquent pas de valeur.
S'ils empruntent d'abord au théâtre classique français, ou réécrivent les pièces de Shakespeare, leur style s'affirme peu à peu et prend vite une personnalité propre. Etherege et Wycherley excellent dans des comédies fines et spirituelles, Congreve et Shadwell offrent des peintures sociales très vives et réalistes, John Dryden laisse des comédies et des tragédies remarquables et Thomas Otway écrit des drames très réussis.
Sans oublier Aphra Behn, la première femme auteur de théâtre dont la production est fort remarquée.

Portrait de John Dryden
   
Outre la production elle-même, le théâtre de la Restauration apporte de nouveaux lieux de représentation, comme le Royal Theatre of Drury Lane, qui jettent les bases quasi-définitives de la scène anglaise. Il introduit aussi les comédies ballets ou pièces entremêlées de musique, héritées de la France, qui sont remarquablement servies par le talent de Henry Purcell et qui vont prendre en Angleterre une importance croissante.
Théâtre de Drury Lane
   
Reflet d'une époque charnière durant laquelle le peuple anglais est à la recherche de sa stabilité intérieure, le théâtre est alors, comme le montre Samuel Pepys dans son journal, un exutoire nécessaire.
Portrait de Samuel Pepys