| Les femmes |
| En
levant en 1660 l'interdiction qui pesait depuis plusieurs années sur le théâtre
en Angleterre, Charles
II rend à son peuple un de ses plaisirs favoris d'autant qu'il
autorise également les femmes à monter sur les planches. Cette pratique,
déjà en vogue depuis longtemps en France et surtout en Italie, est une vraie
nouveauté en Angleterre. Jusqu'à cette époque, les hommes étaient les seuls
à pouvoir jouer sur scène, endossant aussi bien les rôles masculins que
féminins, ces derniers étant plutôt réservés aux adolescents. Cette arrivée de la gente féminine correspond à une période où les comédies de mœurs sont très prisées, autorisant une liberté de ton et des scénarios osés et impertinents. |
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Femme
masquée
|
![]() Femme anglaise XVIIe |
Shadwell,
comme tous les auteurs du théâtre de la Restauration, multiplie les occasions
de faire jouer des femmes, et sa version de Don Juan intitulée The
Libertine, est à ce titre assez révélatrice. Par comparaison avec tous ses prédécesseurs qui ont déjà écrit cette histoire durant le XVIIe siècle, en Espagne, en France et en Italie, sa pièce comporte un nombre impressionnant de femmes. Mais, si certaines scènes jouent la surenchère avec caricature, notamment lorsque Don John se retrouve l'époux de six femmes, les rôles féminins, chez Shadwell, sont surtout beaucoup plus engagés et destinés à refléter l'évolution de la société anglaise. C'est ainsi qu'il met autrement en scène l'échange de costume propre à l'histoire de Don Juan. C'est à présent une femme qui se déguise en homme pour tromper Don John et cette femme est précisément celle dont Don John a abusé lorsqu'il avait revêtu l'habit de son fiancé. En inversant la situation, il fait de cette femme, Maria, l'égale de Don John. Qui plus est, elle devient une héroïne décidée à venger elle-même la mort de l'homme qu'elle aimait, alors que toutes les femmes des versions précédentes s'en étaient remises à des hommes pour venger leur honneur ou la mort d'un être cher. |
Portrait
d'Aphra Benn |
Le déguisement
de la femme en homme, qui permet à celle-ci d'effectuer des actions
réputées exclusivement masculines, est alors très prisé au théâtre.
Il est destiné à critiquer les modèles conventionnels et les inégalités
entre les deux sexes. |
| Il
est certain que l'Angleterre vit alors une période transitoire pour la
condition féminine. C'est une société encore largement patriarcale, à
mi-chemin entre l'époque médiévale et l'émergence de la société bourgeoise. Le théâtre de la Restauration va s'appliquer à mettre en scène des femmes d'esprit et des femmes de volonté qui par leur intelligence ou leur détermination vont essayer d'éviter l'esclavage auquel elles sont souvent réduites, et notamment celui que donne le mariage. Car, l'économie politique du pays repose alors toujours sur la transaction des femmes ; celle-ci permettant la transmission du pouvoir et de la propriété par l'héritage. |
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Femme
anglaise XVIIe
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Maitresse de Charles II |
Dans The libertine,
Shadwell le rappelle par une chanson
La soumission
des femmes de la haute société va d'ailleurs très loin. |