Le théâtre du Siècle d'or / La Comedia espagnole
 
La Comedia espagnole

La Comedia est un genre théâtral particulier qui naît à Madrid lorsque cette petite bourgade devient la capitale de l'Espagne. Elle s'épanouit ensuite dans tout le pays durant le XVIIe siècle, servie par des auteurs de talent et un public pour qui l'amour du théâtre est proche de l'idolâtrie. La Comedia est structurée en trois actes, appelés des “ journées ”, et chacune d'elle est longue d'un millier de vers. Elle n'est pas tenue au respect de l'unité de lieu ou d'action, à l'inverse des règles de la comédie classique française, car cette rigueur serait contraire à l'esprit baroque. De même, ce genre théâtral, sans équivalent, conjugue tragédie et comédie sans jamais être tout à fait l'un ou l'autre. Il est surtout, pour le public, un moule parfaitement reconnaissable dans lequel les auteurs déversent l'histoire de l'Espagne, de ses mœurs, de sa vie sociale et spirituelle en l'agrémentant de nombreux symboles immédiatement reconnaissables. Il propose même des modèles de conduite moraux ou vestimentaires tout en conservant généralement une fin moralisatrice. Le nombre considérable de Comedias qui sont produites durant tout le Siècle d'or espagnol permet ainsi une lecture chronologique du pays avec ses problèmes économiques, politiques et sociaux. Leur datation se fait d'ailleurs en référence aux modes et aux habitudes successives de l'époque.
Pour être en parfait accord avec le tempérament de ses contemporains, la Comedia s'appuie sur trois ressorts moraux que le public reconnaît bien : l'intervention de la Grâce divine, tout d'abord, parce qu'il n'y a point de fatalité inexorable dans la vie, l'
honneur ensuite car il est indissociable du caractère national, et l'amour enfin, moteur de l'histoire et porteur de chimères et d'excès. De plus, les Espagnols ont un goût affirmé pour la théâtralité et le fantastique allant jusqu'au miracle, qui peut toujours sauver les protagonistes des Comedias (comme il peut toujours changer le cours d'une corrida). De ce fait, on n'a jamais pu qualifier ces pièces de tragiques, même si elles sont parfois dramatiques. Rien n'y est désespéré ni perdu d'avance, car au-dessus de la mort se situe toujours la possibilité du miracle prodigué par la générosité divine. Mais cette description générique ne veut pas dire que la Comedia est un genre homogène. Elle revêt des formes diverses, et traite de sujets différents. Elle se fait héroïque ou philosophique autant qu'historique ou sentimentale. Celle qui remporte tous les succès est la Comedia d'intrigue, adroite combinaison entre la comédie de mœurs et celle d'amour, dans laquelle les femmes et les valets ont des rôles fondamentaux. Ces Comedias ont alors une influence déterminante sur le théâtre italien et sur le théâtre français du XVIIe siècle. Leurs sujets deviennent des sources inépuisables d'inspiration pour les dramaturges de ces autres pays qui y découvrent aussi des procédés scéniques nouveaux, tels que l'usurpation d'identité, le déguisement, les doubles personnalités, le repentir et la confession, les actes de jalousie ou d'honneur et la valeur théâtrale du dénouement heureux. S'il est vrai, comme le dit Charles Vincent Aubrun, que le dramaturge espagnol est l'interprète des idées, des sentiments, de la sensibilité du public, et donc de la nation espagnole, voulant seulement être de cette société la plus haute conscience possible, il a un talent tout particulier pour produire des œuvres universelles alors qu'elles sont viscéralement ancrées dans le sol de son pays. Les Comedias étaient jouées dans les corrales, sorte de cours intérieures, fermées pour l'occasion, dans lesquelles le public était placé selon un code social très précis.
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