Les grandes villes du royaume d'Espagne / Madrid
   

Madrid

Madrid devient la capitale de l'Espagne en 1561, sous Philippe II qui adopte cette cité pour des raisons stratégiques et diplomatiques autant que personnelles. Ce choix est surprenant, car la ville qui porte alors le nom arabe de Mâjrit, est mal située, dans une zone sablonneuse et peu fertile. Mais le roi, en jetant son dévolu sur ce lieu, a des motivations particulières. Madrid est en effet très proche du palais de l'Escorial, sa grande réalisation architecturale, et il souhaite pouvoir ainsi diriger les travaux qu'il y mène. En effet, Philippe II a remporté une victoire décisive en 1557 à Saint Quentin le jour de la San Lorenzo et a fait le vœu d'ériger un palais en l'honneur de ce saint. C'est ainsi qu'il a voulu l'Escorial dont le plan adopte la forme d'un gril en référence à l'instrument qui servit pour le supplice de San Lorenzo. Contrairement à Versailles, érigé un siècle plus tard, le palais de Philippe II est une résidence austère.
Le roi la veut d'une grande simplicité, dans une idée de pureté et d'intemporalité et préfère même s'entourer d'architectes peu connus afin de ne souffrir aucune contradiction. Le palais de l'Escorial est de forme rectangulaire, et sa construction tout autant que la vie qu'on y mène, l'apparentent plus à un monastère qu'à un château. Souhaitant parallèlement établir une capitale fixe pour y installer l'administration, le roi se tourne donc vers Madrid, proche de l'Escorial, mais également centre névralgique de la péninsule.
Mais Philippe II doit l'imposer comme capitale du royaume et cette tâche n'est pas aisée. Comparée à Séville ou Valladolid, qui ont déjà des allures de capitales, cette ville est alors totalement artificielle. Il faut arriver à convaincre les Espagnols, d'autant que la cité ne doit son existence qu'à la présence du roi et de son entourage. Sa volonté et sa détermination auront finalement gain de cause et l'agglomération va rapidement se développer. Son ascension est même spectaculaire et réussit à émerveiller le peuple qui la qualifie bientôt de “ Babylone espagnole ”. Il est vrai qu'en un demi-siècle, la population a décuplé et que la ville dépasse les 100 000 habitants. Mais Séville à l'époque en compte déjà 150 000 et Naples plus de 200 000 ! Au XVIIe siècle, bien que Madrid soit capitale depuis un siècle, elle ne peut encore justifier son importance que par le fait que les rois y tiennent Cour.
Le Marquis de Villars, ambassadeur français à Madrid en 1680, décrit la ville en ces termes :
Quoique Madrid soit fort peuplé, il y a néanmoins peu de bourgeoisie. La Maison du roi, les courtisans, le grand nombre de conseils, de tribunaux et de personnes qui en dépendent, une quantité extraordinaire de couvents de l'un et de l'autre sexe, est ce qui compose la plus grande partie de la ville. Il n'y a, au-delà, que quelques ouvriers pour les choses nécessaires et quelques marchands.
Mais l'implantation de la capitale n'est plus discutée, et elle bénéficie peu à peu de la crise économique qui frappe Séville lorsque l'or des Amériques cesse d'affluer sur les rives du Guadalquivir.

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