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La
corrida
La corrida,
dans l'Espagne du XVIIe siècle, ne ressemble en rien à ce qu'elle
est devenue, aujourd'hui. Les codes ne sont pas encore fixés et
la cérémonie n'a pas la rigueur qu'elle va adopter au XVIIIe siècle.
En revanche, elle possède déjà tout son caractère sacré. Le taureau
n'est-il pas, comme dans les sociétés antiques, la représentation
d'un dieu ?
Bien
que paganisée, la corrida est célébrée par ses fidèles comme
une messe et la passe la plus célèbre s'appelle Véronique
, du nom de la femme qui essuya le visage ensanglanté du Christ.
La corrida est un hommage au courage de l'homme face à la
mort. Elle donne à l'acte de mourir sa dignité et sa noblesse. C'est
un sentiment très fort dans l'Espagne du XVIIe siècle. Il est partagé
autant par les chrétiens que par les musulmans car les deux peuples
ont créé, durant des siècles de vie commune, un modèle d'homme épris
d'honneur
au prix du sang. On trouve également dans la corrida une
part de séduction
et de burla
: l'homme et l'animal se frôlent, dansent, s'avancent, s'éloignent
l'un de l'autre, afin que l'un d'eux puisse, au moment opportun,
tromper son partenaire.
Comme le flamenco,
la corrida est indissociable du caractère espagnol et de son histoire
; celle d'un peuple qui s'est battu pendant sept siècles pour reconquérir
son territoire grâce, bien souvent, à la seule foi en sa religion.
Un peuple qui a chassé les Maures,
mais qui reste imprégné de leurs coutumes, et qui, à la fin de la
Reconquista,
privé brusquement de raison de vivre, doit s'inventer un exutoire
collectif pour juguler les exutoires individuels.
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