Un royaume très catholique
   
Pour comprendre l'importance de l'Église catholique en Espagne, au XVIIe siècle, il faut d'abord se souvenir de la longue lutte que le pays mène, pendant sept siècles, contre les Maures.
Cette “ guerre de reconquête ” ou Reconquista s'achève vers la fin du XVe siècle, avec l'unification du royaume par les rois catholiques.
Le signe de la croix devient alors autant un symbole politique que religieux. Intimement associé au pouvoir en place, il est destiné à fédérer le pays autour d'une religion unique et à faire oublier la coexistence passée de plusieurs religions. Car, à côté des morisques, l'Espagne accueillait alors une importante population juive et cette diversité religieuse paraissait menaçante pour l'unité toute récente que les rois catholiques venait de mettre en place.
Reconquista
Bataille contre les maures
   
Ferdinand et Isabelle, les rois catholiques.
Anonyme. Musée du Prado - Madrid.
C'est la raison pour laquelle l'État intervient très tôt dans le domaine religieux afin que la foi catholique imprègne totalement la vie et l'âme espagnoles.
La religion est partout, inscrite dans chaque instant de la vie quotidienne. Les églises, les chapelles et les couvents fleurissent dans chaque ville d'Espagne à tel point d'ailleurs que certains religieux eux-mêmes demandent au pape de ne plus accepter la création de nouveaux ordres monastiques.
Au XVIIe siècle, la population religieuse est considérable et compte environ 200 000 individus.
   
Elle se compose de jeunes gens issus de l'aristocratie ne pouvant bénéficier de l'héritage familial, de femmes pour qui les familles n'ont pas les dots nécessaires ou encore de gens pauvres espérant subsistance ou possibilité de carrière.
De plus, l'Église bénéficie de dons, de donations, ou d'héritage et elle accumule ainsi une telle richesse en argent ou en propriétés qu'au milieu du XVIIe siècle certaines villes comme Tolède ou Salamanque comptent plus de 50 couvents !
Saint François en extase par Zurbaran
1660- Musée de Munich
   
Luther Lucas Cranach. Vers 1520.
Staatliche Kunstsammlungen. Weimar
Cependant, au moment où la religion catholique semble régner en maître sur le territoire espagnol, un autre danger, venant cette fois-ci de l'Europe du Nord, menace à nouveau le pouvoir royal : la remise en cause du dogme catholique par les théories de Luther et d'Érasme. Comme elle l'a fait au siècle précédent, en chassant les juifs et les Maures, l'Église prête main forte au Roi dans sa lutte contre le protestantisme et utilise son arme redoutable qu'est le tribunal de l'Inquisition.
De ce fait, l'Espagne demeure entièrement catholique, face à une Europe divisée sur la question religieuse.
   
Cette haine de l'hérétique explique un certain fanatisme de la religion espagnole. Mais elle justifie aussi, en contrepartie, la clémence relative de l'Église vis-à-vis de ses fidèles lorsque ceux-ci savent reconnaître leurs péchés.
Car les péchés quotidiens restent toujours moins graves que l'hérésie. Ils ne sont plus que des faiblesses qui doivent pouvoir obtenir la miséricorde divine, du moment que le pécheur se met en règle avec le Ciel et en respecte les lois. Un bon chrétien qui a dévié du droit chemin, doit pouvoir se confesser et se repentir pour expier sa faute et obtenir le pardon de Dieu.
Hérétiques brûlés.
Christ Ecco Homo
par Gregorio Fernandes - 1612
Musée de Valladolid
L'Église utilise alors judicieusement le théâtre et les fêtes religieuses pour mettre en garde ses fidèles, et leur rappeler les limites à ne pas dépasser.
Cette omniprésence de la foi a évidemment ses revers, car elle mélange si étroitement politique, religion et vie sociale que l'Espagne d'alors frise parfois la théocratie.