Le théâtre du Siècle d'or
   
Au XVIIe siècle, le théâtre occupe en Espagne une place fondamentale, et suscite un intérêt passionné dans toutes les classes de la société. L'enthousiasme populaire et aristocratique qu'il rencontre a été rarement égalé, à l'exception peut-être du théâtre élisabéthain à Londres au XVIe siècle. L'Espagnol en est extrêmement friand.
Par goût du divertissement, bien sur, mais aussi parce qu'il y retrouve l'expression de la démesure de son caractère :
son sens de l'honneur et de la séduction, sa passion effrénée pour les causes mystiques, un mélange d'idéalisme et de réalisme, qui forment le fond même du tempérament national.
Escenografia para La fiera,
el rayo y la piedra, de Calderon.
   
Représentation sur une place fermée en corral
Le théâtre parle donc de l'amour et des femmes, de l'honneur et de Dieu avec des dialogues vifs et rapides dont le but n'est ni de prouver ni de raconter.
Tout Espagnol connaît suffisamment les codes pour se contenter d'une allusion et sa pratique assidue du théâtre le rend très exigeant sur l'action et sur le rythme.
Mais il œuvre aussi en faveur d'une unification du royaume qui comprend encore des particularismes régionaux importants. Comme la religion, il permet d'acquérir des références communes entre des personnes issues de villes, de provinces ou parfois de langues différentes. Face à un public composé en grande majorité d'illettrés, le théâtre a un rôle éducatif. À travers ses sujets empruntés autant à la vie religieuse qu'au quotidien, il dicte conduite, comportement et moralité à ses spectateurs, comme le dit Charles Vincent Aubrun dans La Comédie espagnole :
   
Par commodité autant que par nécessité spirituelle, le public madrilène veut se reconnaître dans sa comédie. Car elle lui offre une image fausse mais avantageuse de lui-même. Elle lui enseigne aussi, par le moyen d'exemples “ fameux ” ou “ illustres ”,
le bon ton, comment se vêtir, parler et se conduire décemment, comment faire sa cour et puis se marier, comment jeter sa gourme et rentrer dans le rang.
Représentation d'un autosacremental
   
Lope de Vega en 1630
L'Église entretient, avec le théâtre, des relations très ambiguës. Elle lui emprunte ses comédiens pour représenter les saints dans ses fêtes religieuses et ses autosacrementales, lui prête ses auteurs les plus talentueux (Tirso de Molina, Calderon, Lope de Vega qui sont tous hommes d'Église) et tire financièrement partie de l'exploitation des lieux de théâtre : les corrales.
En effet, nombre d'hôpitaux et d'hospices sont entretenus par les gains que retire l'église des représentations ; elle a donc tout intérêt à les voir se multiplier. En revanche, elle reproche aux comédiens leur vie dissolue, leur refuse le sacrement et condamne les Comedias d'intrigue qu'elle considère comme une école de l'immoralité.
   
La querelle sur le théâtre est permanente tout au long du siècle, mais elle n'empêche pas l'incroyable fécondité de ses auteurs. Le succès des Comedias est sans précédent tant par l'originalité des intrigues que par la fréquence des représentations et la faveur du public.
Plus de 30 000 pièces sont produites dans l'Espagne du Siècle d'or.
Jacquette pour une comedia