Dom Juan de Molière / Le Commandeur
 
Le Commandeur

Dans toutes les versions de Don Juan qui précédent celle de Molière, le Commandeur, personnage de haut rang dans la noblesse espagnole, est tué par Don Juan dans le courant de la pièce, alors que celui-ci tente de sauver l'honneur de sa fille qui vient d'être abusée dans ses propres appartements.
Dans Dom Juan ou le Festin de Pierre, le Commandeur n'apparaît jamais vivant et on apprend seulement, de la bouche de Sganarelle, qu'il a été tué par Dom Juan quelque temps avant le début de la pièce. C'est donc directement sous l'apparence d'une statue qu'on le découvre à la fin de l'acte III. De plus, si dans les pièces précédentes, on connaît ses mérites et si le roi demande toujours qu'un somptueux tombeau soit élevé à sa mémoire, dans celle de Molière, on apprend, toujours par Sganarelle, qu'il a lui-même commandé un tombeau grandiose, le montrant plus comme un orgueilleux que comme l'orgueil de la nation.
De fait, il n'a pas ici le même rôle du Commandeur dans le El Burlador de Sevilla de Tirso de Molina où il incarne véritablement la puissance divine. Molière connaît surtout les interprétations de la Commedia dell'Arte dans lesquelles la statue représente le clou du spectacle, l'irruption du merveilleux à la fin de la scène, le spectaculaire qui justifie le théâtre à machines de l'époque. Et c'est dans cette droite lignée qu'il inscrit son propre Commandeur.
La leçon morale de sa pièce en est d'autant affaiblie car il n'est plus la personnification irréfutable du châtiment divin. Le libertinage et l'athéisme de Dom Juan ne trouvent pas en lui, un justicier véritablement crédible comme le montre Tirso de Molina. Élément scénique emprunté aux comédiens italiens, la statue qui s'oppose ici à Dom Juan ne protège pas son auteur contre les dévots ni la censure, car il en a amoindri la dimension mystique et même la mémoire de l'homme qu'elle est censée incarner.
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