Le discours / Pierre Corneille
   

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Pierre Corneille est un homme bon et doux, honnête bourgeois, plutôt embarrassé dans le monde, avec une vie aux antipodes des destins passionnés et complexes de ses personnages.
Né à Rouen en 1606 d'une famille de magistrats, il fait tout naturellement des études de droit, comme son frère cadet, Thomas Corneille, après avoir suivi un enseignement secondaire jésuite. C'est un avocat piètre plaideur, timide et sans élocution, qui va trouver au théâtre, par personnages interposés, la vocation d'orateur qu'il n'a pas dans la vie. Doté d'une sensibilité et d'une générosité hors du commun, et rompu, par sa formation, au raisonnement rigoureux des plaidoiries, il met ainsi, avec génie, ses qualités au service d'une carrière talentueuse d'auteur dramatique. Son œuvre est riche et variée. Il passe avec succès de la comédie, à la tragi-comédie et à la tragédie, se jouant souvent des règles théâtrales et de l'évolution des genres que traverse le théâtre classique du XVIIe siècle. Le Cid, dont il trouve l'inspiration dans la comédie espagnole, représente, sans conteste, son œuvre charnière. Pierre Corneille excelle particulièrement dans les débats oratoires ; ses pièces, construites avec méthode et mouvement, offrent à Rodrigue dans Le Cid, puis à Horace ou à Cinna l'occasion de développer des tirades enflammées, ardentes mais aussi rigoureusement composées. En fait, il exalte la grandeur humaine et recherche toujours un langage et une éloquence à la mesure de ses héros. Cette éloquence s'exprime tantôt avec ampleur, dans des conférences ou des discours, tantôt sous forme condensée, dans des formules à effet. Corneille a aussi une prédilection pour les scènes de délibération politique où s'affrontent des thèses opposées. Il possède en fait toutes les qualités du grand orateur : beaucoup d'invention, le sens des tirades rythmées, les nuances subtiles dans le ton qui se fait sobre ou pompeux, le recours à une structure démonstrative pour convaincre, ainsi que des formules saisissantes. Le génie oratoire de Pierre Corneille est certainement ce qui marque le plus son œuvre, et qui s'accorde aussi parfaitement avec un siècle où le verbe a tant d'importance.