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Pierre
Corneille (1606-1684)
Pierre Corneille
est un homme bon et doux, honnête bourgeois,
plutôt embarrassé dans le monde, avec une vie aux antipodes des
destins passionnés et complexes de ses personnages.
Né à Rouen en 1606 d'une famille de magistrats, il fait tout naturellement
des études de droit, comme son frère cadet, Thomas Corneille,
après avoir suivi un enseignement secondaire jésuite. C'est un avocat
piètre plaideur, timide et sans élocution, qui va trouver au théâtre,
par personnages interposés, la vocation d'orateur qu'il n'a pas
dans la vie. Doté d'une sensibilité et d'une générosité hors du
commun, et rompu, par sa formation, au raisonnement rigoureux des
plaidoiries, il met
ainsi, avec génie, ses qualités au service d'une carrière talentueuse
d'auteur dramatique. Son œuvre est riche et variée. Il passe avec
succès de la comédie,
à la tragi-comédie
et à la tragédie, se jouant souvent des règles théâtrales
et de l'évolution des genres que traverse le théâtre classique du XVIIe siècle.
Le Cid, dont il trouve l'inspiration dans la comédie espagnole,
représente, sans conteste, son œuvre charnière. Pierre Corneille
excelle particulièrement dans les débats oratoires ; ses pièces,
construites avec méthode et mouvement, offrent à Rodrigue dans Le Cid,
puis à Horace
ou à Cinna
l'occasion de développer des tirades enflammées, ardentes mais aussi
rigoureusement composées. En fait, il exalte la grandeur humaine
et recherche toujours un langage et une éloquence à la mesure de
ses héros. Cette éloquence s'exprime tantôt avec ampleur, dans des
conférences ou des discours,
tantôt sous forme condensée, dans des formules à effet. Corneille
a aussi une prédilection pour les scènes de délibération politique
où s'affrontent des thèses opposées. Il possède en fait toutes les
qualités du grand orateur : beaucoup d'invention, le sens des tirades
rythmées, les nuances subtiles dans le ton qui se fait sobre ou
pompeux, le recours à une structure démonstrative pour convaincre,
ainsi que des formules saisissantes. Le génie oratoire de Pierre
Corneille est certainement ce qui marque le plus son œuvre, et qui
s'accorde aussi parfaitement avec un siècle où le verbe a tant d'importance.
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