Le discours / La prédication et Bossuet
   

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Au cours du XVIIe siècle, la prédication, ou éloquence religieuse, est fort à la mode. On va à l'église écouter des sermons comme on se rend au théâtre, et les places sont tellement prisées qu'il faut les retenir. Ces discours sont destinés à prêcher la parole de Dieu, mais ils relèvent d'une science et d'une composition jamais atteintes jusque-là. Dès le début du siècle, les prédicateurs sont des orateurs qui ont compris que la parole de Dieu est mieux entendue si elle est présentée de manière agréable, avec style, envolée et lyrisme. Pour beaucoup d'entre eux malheureusement, l'éloquence prend souvent le pas sur le contenu et devient une fin en soi. Saint François de Sales et saint Vincent de Paul se dressent contre cette conception trop sophistiquée du discours religieux et s'attachent à réformer l'éloquence sacrée qu'ils considèrent préjudiciable à la vraie religion.
Ils estiment, pour leur part, qu'il n'est pas nécessaire de paraître savant et spirituel aux yeux des croyants. Malgré leurs arguments, l'éloquence religieuse triomphe, et la prédication possède ses ténors et un public fidèle. Pourtant le prédicateur le plus célèbre de ce siècle, Bossuet, se situe entre ces extrêmes. Il réussit à faire de son éloquence, une merveilleuse conciliation entre la simplicité voulue par saint Vincent de Paul, et la science du discours, indispensable pour convaincre. En condamnant les prédicateurs pompeux, Bossuet développe un style basé sur la rigueur et la méthode, toutes deux secondées par sa foi inébranlable. Il ne parle pas pour se faire admirer ou pour divertir, mais pour sauver les âmes en les gagnant à la vérité chrétienne. Il compose ses sermons avec un plan précis, développe ses idées avec clarté et simplicité, sait utiliser la familiarité pour rendre son ton plus humain, ne dédaigne pas l'élan lyrique quand son émotion le submerge et cultive adroitement l'imagination des fidèles qui l'écoutent. Ses Oraisons funèbres et ses Sermons sont les témoignages les plus achevés de son immense talent oratoire.
Bien évidemment, Bossuet occupe une place importante dans le Grand Conseil de l'Église de France, participant aux questions religieuses de son siècle, et il se pose comme un défenseur acharné d'une l'Église gallicane. Pour lui, le discours est au service de la foi.
C'est peut-être parce qu'il connaît si bien le pouvoir et l'influence des mots bien tournés sur les esprits qu'il se pose souvent en un fervent ennemi du théâtre qu'il condamne sans détour, estimant qu'il contribue, par ses propos, à la dépravation des mœurs.