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Saint-Simon
(1675-1755)
Le
futur duc de Saint-Simon naît en 1675, alors que Louis XIV,
en plein exercice de son pouvoir, approche de sa quarantaine. Il
est présenté au roi lorsqu'il a seize ans et commence une carrière
dans les mousquetaires gris qui sera vite interrompue. À
la mort de son père, en 1693, il prend le titre de duc et comprend
très vite que, s'il veut survivre à la Cour,
il lui faut des appuis solides. Il épouse donc Marie-Gabrielle,
fille du maréchal de Lorge, petite-nièce de Turenne et cousine du
roi d'Angleterre, Guillaume d'Orange,
qui lui assure le soutien de milieux influents. Il consolide cette
position grâce à de fidèles amitiés également bien placées auprès
du monarque. Ces précautions sont essentielles car elles lui permettent
de rester longtemps à la Cour, malgré son esprit acéré, sa langue
virulente et sa curiosité effrénée.
Il faut dire que Saint-Simon a très tôt un projet particulier autant
qu'ambitieux ; il décide, dès l'âge de vingt ans, de consacrer sa
vie à la rédaction d'un ouvrage qu'il intitule ses Mémoires
et auquel il va dédier cinquante années. Pour se faire, il occupe
donc son temps à retranscrire minutieusement le quotidien de la
Cour et celui du roi, afin de donner une fresque immense et détaillée,
mais néanmoins partiale, des coulisses du pouvoir. Il écoute les
rumeurs, les bruits de couloir, les intrigues, il analyse le protocole
et les usages, il interprète les réactions des uns et des autres,
il critique la politique étrangère, portraiturant le roi et les
gens de Cour, il écoute même aux portes. En fait, il fait
son miel de tous les détails de la vie de tous les jours
qui sont réunis, sous sa plume alerte et sarcastique, dans ses très
volumineuses Mémoires.
Au total, onze portefeuilles in folio, chacun pourvu d'une
serrure, contenant 172 cahiers de 2854 pages couvertes d'une écriture
élégante et menue. Cette uvre, qu'il avait lui-même voulue
posthume, n'est publiée pour la première fois qu'en 1829. Suffisamment
dérangeante, elle est restée verrouillée et enfermée au secrétariat
des Affaires étrangères pour raison d'État pendant
plus d'un siècle. Si Saint-Simon apparaît aujourd'hui comme
le mémorialiste du Grand Siècle, il est aussi un écrivain de talent.
Son travail, qu'il a tenu secret toute sa vie, livre une chronique
précieuse autant que délicieuse de la monarchie, grâce à une écriture
inventive et irrésistible.
Pas toujours objectif, souvent réactionnaire, possédant un
regard et un language aiguisés, Saint-Simon a donné à la postérité
un ouvrage cinématograhique avant l'heure, une pièce à conviction
d'où s'échappe une société incroyablement vivante.
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