Louis XIV et les affaires religieuses
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La Compagnie du Saint-Sacrement
   

La Compagnie du Saint-Sacrement


La Compagnie du Saint-Sacrement est une société, pieuse et secrète, fondée en 1627 par le clergé et des dévots. Elle compte, parmi ses membres, des personnes religieuses et laïques dont certains noms influant comme Bossuet, le prince de Conti ou Anne d'Autriche, mère de Louis XIV. Soutenue par le pape, qui y voit un moyen de compenser le refus de la France d'établir l'Inquisition dans son pays, la Compagnie du Saint-Sacrement, au même titre que d'autres associations secrètes, est un moyen détourné, pour Rome, d'appliquer une politique de répression à l'égard des dissidents. Si le but profond de cette Compagnie est de propager la foi et d'épurer les mœurs, ce n'est cependant pas celui qu'elle revendique, pour l'extérieur.
Elle se fait plus adroitement passer pour un organisme de charité, paravent imparable pour exercer sa police occulte. Ses méthodes sont en accord avec sa fonction, encourageant la délation qui entraine la condamnation et l'exécution de personnes considérées comme manquant de respect à la religion. Cette société secrète n'œuvre pas impunément dans l'ombre car elle est plusieurs fois montrée du doigt, notamment en 1660, par un abbé qui déclare qu'elle est une “ cabale ”, nom qui lui restera. Des hommes d'église s'indignent que la défense de la foi devienne ainsi, pour la Compagnie, un prétexte destiné à servir des actions peu louables et même des ambitions. Cet organisme est d'ailleurs un vrai danger pour la vie politique.
Mazarin s'en méfie et enquête à son sujet et Colbert, à son tour, porte un œil attentif à ses actes. Louis XIV ne la combat pas de front, mais prend des mesures indirectes contre elle, telle l'arrestation de Fouquet, actif membre de la Compagnie, qui lui porte un sérieux coup. Il ne peut donc que se réjouir quand Molière, qui ne cache pas sa haine pour cette organisation, donne à Cléante, dans son Tartuffe, l'occasion de décrire publiquement ces plus ou moins faux dévots :
Ces gens qui, par une âme à l'intérêt soumise,
Font de dévotion métier et marchandise,
Et veulent acheter crédit et dignités
À prix de faux clins d'yeux et d'élan affectés,
Ces gens, dis-je, qu'on croit d'une ardeur peu commune
Par le chemin du Ciel courir à leur fortune,
Qui, brûlants et priants, demandent chaque jour,
Et prêchent la retraite au milieu de la Cour,
Qui savent ajuster leur zèle avec leurs vices,
Sont prompts, vindicatifs, sans foi, pleins d'artifices,
Et pour perdre quelqu'un couvrent insolemment
De l'intérêt du Ciel leur fier ressentiment...


Lorsque la Compagnie, alors soutenue par la reine mère, réussit à interdire Tartuffe, Louis XIV, qui la sait encore trop puissante, ne se risque pas à la contredire. Il attend seulement le moment opportun, et c'est en 1666 que la Compagnie est officiellement dissoute.
Molière peut à nouveau représenter Tartuffe, en 1669 ; la reine mère est morte, enlevant au parti dévot son principal support.

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