|
Les
comédiens italiens
À
partir du XVIe siècle, sous l'influence de Catherine de Médicis,
les comédiens italiens prennent l'habitude de franchir les Alpes
et de jouer régulièrement à Paris où ils remportent un vif succès.
C es
troupes, qui interprétent des pièces de la Commedia dell'Arte,
se produisent souvent en italien et introduisent, sur la scène française,
un jeu théâtral complètement nouveau. Incarnant des personnages
types dont on a surtout retenu les noms de Polichinelle,
d'Arlequin ou de Scaramouche, les comédiens italiens font la part
belle à l'improvisation, et la gestuelle l'emporte toujours sur
le texte. Pétillants, enjoués, drôles et acrobates, ils changent
le rapport entre la salle et la scène.
Ils osent des grivoiseries, des satires politiques, des parodies
et des critiques qu'autorise leur jeu comique tant il échappe à
toutes les règles connues. Leur talent associe la danse, le chant,
des pitreries et des mimes. Il enthousiasme le public qui n'a pas
besoin de comprendre leur langue pour participer à l'intrigue, d'autant
qu'elle est souvent très ténue.
Le véritable art comique des troupes italiennes vient de leurs jeux
de scène, ou lazzi,
qui donnent à l'action une cadence rapide et maintiennent le public
en haleine. Jouant en alternance au Petit-Bourbon d'abord, puis
au Palais Royal ensuite, avec la troupe de Molière,
les comédiens italiens ont exercé sur lui, une influence indéniable.
Si Molière, selon la tradition française, accorde dans ses comédies,
une place essentielle au discours
et au raisonnement,
il les enveloppe d'un mouvement et d'un rythme directement issus
de la Commedia dell'Arte.
Plusieurs de ses comédies trouvent leur source dans le répertoire
italien ; qu'il s'agisse de L'Étourdi qui vient de
L'Inavertito, du Dépit amoureux qui vient de L'Interesse,
de Tartuffe qui s'inspire de Lo Ipocrito ou de Dom Juan
qui est adapté d' Il convitato di pietra
par Biancolelli.
Les comédiens italiens ont, tout au long du XVIIe siècle, une grande
renommée et un public fidèle. Malheureusement, ils se croient intouchables
et s'autorisent des imprudences de langage et des attaques envers
le pouvoir qui finissent par leur être fatales. Leur effronterie
est sans limite et lorsqu'ils s'en prennent à Mme de Maintenon
dans une pièce intitulée La Fausse Prude, ils s'exposent
au courroux du roi qui les expulsent définitivement.
Saint-Simon
n'a pas manqué de relater l'événement, avec son ironie habituelle
:
Cela fit grand bruit, et, si ces comédiens y perdirent leur établissement
par leur hardiesse et leur folie, celle (Mme de Maintenon) qui les
fit chasser n'y gagna pas, par la licence avec laquelle ce ridicule
événement donna lieu d'en parler.
|