Le théâtre français au XVIIe siècle / Les règles théâtrales
   
Les règles théâtrales

C'est par le biais de la pastorale, que les premières règles arrivent au théâtre français, au début du XVIIe siècle. En fait, quelques beaux esprits de l'époque comparent alors la pastorale française à son homologue italien, en s'offusquant des différences, et en soulignant que cette dernière a une beauté qui la rend nettement supérieure. Ils remarquent notamment que les pièces italiennes observent des règles que la scène française néglige totalement. Tout d'abord la durée de l'action ne dépasse généralement pas vingt-quatre heures, ensuite le lieu se limite à un espace restreint et enfin l'intrigue se déroule autour d'un thème central qui en assure l'unité. En 1628, le cardinal de La Valette et le comte de Cramail, amateurs éclairés, demande donc à Mairet, qui fait partie des chefs de file de la nouvelle génération de dramaturges, d'introduire sur la scène française une pastorale où ces règles seraient exactement observées. Il ne s'agissait pas alors de vouloir réformer le théâtre dans son ensemble, mais seulement d'établir en France, un style qui leur paraissait “ agréable ” et que les Italiens avaient merveilleusement réussi. Mairet étudie les pastorales italiennes du Tasse, de Guarini et de Bonarelli, découvre qu'ils ont déjà pris leurs mesures sur celles des Anciens grecs et latins et qu'ils en ont religieusement observé les règles. C'est ainsi que ces règles théâtrales font leur première apparition dans le théâtre français. Entre 1630 et 1661, elles se précisent et finissent par prendre une place prépondérante, pour devenir des impératifs du théâtre classique.
Aux unités d'action, de temps et de lieu déjà citées s'ajoutent l'unité de ton, le respect des bienséances et des vraissemblances et le sens de la mesure. Si les règles ont fait progresser le théâtre, en le structurant et le disciplinant, elles ne sont pourtant pas des recettes infaillibles.
Les appliquer ne dispense pas d'avoir du talent et de plaire au public. On finit parfois par l'oublier et les utiliser surtout pour masquer la médiocrité. Molière, dans la Critique de l'école des femmes, le rappelle ainsi à ses contemporains :
Vous êtes de plaisantes gens avec vos règles dont vous embarrassez les ignorants, et nous étourdissez tous les jours. Il semble, à vous ouïr parler, que ces règles de l'art soient les plus grands mystères du monde, et cependant ce ne sont que quelques observations aisées, que le bon sens a faites sur ce qui peut ôter le plaisir que l'on prend à ces sortes de poème.
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