Le théâtre français au XVIIe siècle
/ Les lieux de représentation en France
   
Les lieux de représentation en France

Très curieusement, pendant les trente premières années du XVIIe siècle, Paris ne possède pas de théâtre régulier, tout comme les autres villes françaises, n'offrant des spectacles que lorsqu'une troupe ambulante s'installe pour quelques semaines. Ces troupes ont d'ailleurs plus de mal à trouver des lieux de représentation à Paris qu'en province. En effet, le monopole des spectacles est tenu, dans la capitale, par une société dénommée la “ Confrérie de la Passion et Résurrection de notre Sauveur et Rédempteur Jésus Christ ” qui possède une salle de spectacle à l'Hôtel de Bourgogne et par laquelle il faut passer pour pouvoir louer la dite salle. Celle-ci est d'ailleurs assez misérablement installée et fort incommode. Aussi, de nombreuses troupes préfèrent jouer soit en plein air dans les cours d'hôtels, soit, à l'abri, dans les innombrables jeu de paume parisiens où elles peuvent construire des décors de fortune et une scène sommaire. Pourtant, même dans ces lieux, la Confrérie de la Passion doit donner son autorisation qui, bien entendu, se monnaye à des tarifs souvent exorbitants. La vie théâtrale se développe donc davantage en province où l'activité drammatique est assez intense. Heureusement pour la capitale, l'intérêt que Richelieu porte au théâtre permet une évolution. Il intervient auprès de Louis XIII pour qu'une troupe s'installe à demeure à l'Hôtel de Bourgogne, en 1629, avec le titre de “ Comédiens du roi ”.
Désormais, cette salle se consacre au théâtre littéraire, excluant les farces de son répertoire. Parallèlement, dans le jeu de paume du Marais, une autre troupe, qui vient de Rouen et qui est dirigée par Montdory, joue une comédie intitulée Mélite d'un jeune auteur nommé Pierre Corneille. Le succès est tel que cette troupe entre en concurrence directe avec l'Hôtel de Bourgogne. Elle va subir les assauts de la Confrèrie de la Passion et déménager plusieurs fois pour s'installer finalement rue Vieille-du-Temple sous l'enseigne du Théâtre du Marais, en donnant ainsi une deuxième scène théatrale à Paris. Les luttes entre ces deux théâtres sont incessantes mais elles sont bénéfiques à la création, pour le plus grand bonheur du public.
En 1644, une troisième salle ouvre ses portes à Paris et tente sa chance, sous la houlette du jeune auteur Jean-Baptiste Poquelin qui y installe sa troupe : L'Illustre Théâtre. Malheureusement, la troupe ne résiste pas longtemps aux difficultés financières qui l'accablent et part en province. Pendant ce temps, les comédiens italiens continuent leurs séjours réguliers à Paris et c'est au théâtre du Petit Bourbon qu'ils se fixent. Ils y accueillent, quelques années plus tard, Poquelin devenu Molière lorsqu'il revient à Paris et, à partir de ce moment-là, les deux troupes jouent en alternance. La vie parisienne peut compter à présent sur trois théâtres permanents. Comme il l'a fait pour le théâtre du Marais, l'Hôtel de Bourgogne entre en guerre avec ce nouveau théâtre. Mais Molière est assuré du soutien de roi et quand la salle du Petit Bourbon est démolie pour des raisons d'extension des bâtiments du Louvre, le roi gratifie la troupe de la vieille salle du Palais Royal, jadis construite par Richelieu. Restaurée au frais du roi, le Palais Royal ouvre ses portes en 1661, et pendant douze années Molière y enchaine une série de succès et de luttes célèbres. Sa troupe est, après sa mort, transférée à l'Hôtel Guénégaud. Ces théâtres vont ensuite évoluer au gré des rivalités entre les acteurs et du goût du jour, mais ce siècle est définitivement celui qui dote la capitale de lieux de représentation stables, écrins d'une production riche et féconde. Dans les dernières décennies du siècle, l'Hôtel de Bourgogne et l'Hôtel Guénégaud fusionnent pour devenir la Comédie française et le Palais Royal est donné à Lulli pour y installer l'opéra.
Fermer la fiche