La société sous Louis XIV / La Cour
   
La Cour

La Cour change considérablement sous le règne de Louis XIV. À la mort de Mazarin, le jeune roi et sa mère ont chacun leur Cour. Celle d'Anne d'Autriche est une Cour aux habitudes conservatrices, plutôt dévote et rigide, composée d'un groupe restreint de familiers qui occupent une charge. À l'opposé, celle du jeune Louis XIV est à son image, bigarrée, frivole et loin des dévots. C'est l'époque où la Cour n'a pas encore, comme son roi, de résidence fixe. Avec la création de Versailles, la Cour va connaître ses grands bouleversements et perdre toute cette légèreté. Bien que réticents au début, les gentilshommes que Louis XIV attire à Versailles avec beaucoup d'habilété, finissent par y affluer .
La Cour enfle alors démesurément et devient un instrument très contrôlé par son roi qui lui a édifié une prison dorée. Cette Cour compte d'abord les membres de la famille royale, puis viennent les princes de sang qui ont droit à un appartement dans le palais. Sur le même rang, se trouvent les princes de l'Église, cardinaux et archevèques. Au-dessous, se situent les hauts dignitaires de l'État tels que les secrétaires d'État, le contrôleur général des Finances, les maréchaux et amiraux. Enfin, il y a la foule anonyme, les officiers de maison, les musiciens et artistes qui travaillent au château. La subtile surveillance de Louis XIV se joue sur des détails anodins que sont les règles officieuses, celles qui obligent les courtisans à rester à Versailles sans que cela ne leur soit expressement imposé. Ainsi, comme la première et la plus impérieuse obligation d'un courtisan est d'être remarqué par le monarque, il se doit d'être constamment présent afin de ne pas manquer cette précieuse occasion. Bien que le courtisan s'ennuie, il n'abandonne pas son poste et égrène sa journée au rythme des plaisirs du roi. Il l'adule d'ailleurs autant qu'il le craint et risque son destin dès qu'il est en passe de lui adresser la parole. Les joutes verbales, devenues célèbres, que Louis XIV entretient avec ses courtisans, sont le reflet d'un jeu du pouvoir extrêmement sophistiqué mais aussi d'un profond avilissement de l'aristocratie. La Fontaine est un fin observateur de cette société, qu'il dépeint dans Les Obsèques de la lionne en ces termes :
Je définis la cour un pays où les gens,
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,
Sont ce qu'il plaît au prince, ou, s'ils ne peuvent l'être,
Tâchent au moins de le paraître :
Peuple caméléon, peuple singe du maître ;
On dirait qu'un esprit anime mille corps :
C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.

Mais la Cour est une astreinte autant qu'une récompense et un art de gouverner exercé avec génie. C'est avec un détachement feint que Louis XIV dit : c'est un homme que je ne vois jamais, se plaignant ainsi du manque d'assiduité d'un gentilhomme qu'il condamne, par là-même, sans appel. À travers l'exercice du pouvoir et les fêtes, la Cour devient forcément le centre culturel de la nation et ce centre rayonne tout particulièrement de 1672 à 1685. C'est la Cour qui crée la mode, lance les tendances, détermine le bon goût et tranche les querelles littéraires et artistiques. Au dessus, le monarque en est l'arbitre suprême.
Fermer la fiche