La société sous Louis XIV

La noblesse
La bourgeoisie
Les paysans
Les pèlerins


La noblesse


Louis XIV, profondément marqué par la Fronde alors qu’il est encore enfant, se méfie toute sa vie des nobles et n’a de cesse d’en maîtriser l’influence et les actions.
Sous son règne, la noblesse perd son pouvoir et amorce un lent déclin. Les gentilshommes sont écartés des affaires, qui leur sont interdites ; ils ne peuvent officiellement participer à la plupart des grands investissements commerciaux qui sont réservés à la bourgeoisie.
Leurs revenus, à part leurs rentes, proviennent presque exclusivement de la gestion des terres qui est soumise au contrôle des intendants nommés par Colbert.
Ceux-ci d’ailleurs ne leur sont pas favorables comme le montre ce rapport de l’intendant Barentin :

Ma plus grande passion est de maintenir tout le monde dans la soumission et le respect qui est dû à sa Majesté, et de faire régner la justice dans les provinces où je suis en délivrant les peuples de l’oppression de la noblesse qui les tyrannise et les accable.

Portrait de la Duchesse de Guise
fille de Gaston d'Orléans vers 1680
par Pierre Mignard.
   
Gentilhomme français (1635-1640)
D'après une estampe signée :
Franciscus Hoeius excud

Par ailleurs, pour assurer son autorité absolue, Louis XIV maintient les gentilshommes à la Cour et les réduit à l’oisiveté et à une servitude dorée.
La galanterie devient la principale occupation du noble.

Le personnage de Dom Juan, chez Molière, incarne parfaitement cette noblesse décadente, à laquelle s’ajoute la dépravation. Son oisiveté est évidente autant que sa désinvolture et son ironie. Son costume outrancier est celui du grand seigneur. Son comportement envers la bourgeoisie, représentée par M. Dimanche, et avec son serviteur, montre comment il sait user de tous les privilèges de sa classe.

   

Pourtant, face à lui, Molière met en scène d’autres gentilshommes qui incarnent encore des valeurs morales telles qu’honneur et vertu, auxquelles la noblesse était attachée. C’est notamment le cas des deux frères d’Elvire, et surtout du père de Don Juan.

Le personnage du père de Don Juan est d’ailleurs important dans la plupart des pièces françaises, justement pour incarner l’ancienne noblesse, celle qui servait son monarque et qui imposait un certain respect.

   
Portrait d'un jeune gentilhomme
par Nicolas de Larguillière
vers 1680

C’est ainsi que Dom Louis, dans le Dom Juan de Molière, le rappelle à son fils (acte IV, scène 4) :

(…) Et qu’avez-vous fait dans le monde pour être gentilhomme ? Croyez-vous qu’il suffise d’en porter le nom et les armes, et que ce soit une gloire d’être sorti d’un sang noble lorsque nous vivons en infâme ?

(…) Apprenez enfin qu’un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature, que la vertu est le premier titre de noblesse (…)

Ou, Don Louis également, chez Thomas Corneille, dans Le Festin de Pierre (acte IV, scène 5) :

Ah ! fils, indigne fils, quelle est votre bassesse
D’avoir de vos aïeux démenti la noblesse ;
D’avoir osé ternir par tant de lâchetés,
Le glorieux éclat du sang dont vous sortez,
De ce sang que l’histoire en mille endroits renomme !
Et qu’avez-vous donc fait pour être gentilhomme ?

   

Ou encore Dom Alvaros, chez le sieur de Villiers, dans
Le Festin de Pierre ou le Fils criminel
(acte I, scène 4)

Ah ! Malheur déplorable !
Père trop malheureux d’un enfant exécrable !
De quels yeux maintenant oserai-je plus voir
Un fils qui foule aux pieds l’honneur et le devoir ?
(...)
Honneur que j’emportais dedans la sépulture,
Fallait-il qu’un prodige horrible en la Nature,
Par des crimes si grands eut bien osé ternir
Un éclatant renom qui n’aurait pu finir ?
Hélas ! que me sert-il d’avoir porté ma gloire
Aux oreilles des Rois, et jusque dans l’Histoire,
Si celui qui devait l’accroître et l’éclaircir
L’efface d’un seul trait et s’en va l’obscurcir ?
Las ! il n’est que trop vrai que les vertus des Pères
Ne sont pas aux enfants des biens héréditaires.

Par ailleurs, si le Dom Juan de Molière garde de sa noblesse quelques traits caractéristiques, notamment en restant brave quand il le faut et en tirant l’épée pour sauver une vie
(acte III, scène 3), il ne croit plus à ces valeurs qui fondaient son origine et son identité. Il fait, au contraire, de sa noblesse, l’instrument de ses vices. En réalité le comportement de Dom Juan préfigure, en France, la fin d’une classe sociale, condamnée par l’histoire.

La méfiance de Louis XIV, la montée de la bourgeoisie, le changement radical du commerce, les nouvelles valeurs du protestantisme, la centralisation du pouvoir et l’amélioration de l’administration de l’État vont, tout ensemble, contribuer, en quelques années, au déclin des nobles. Les premiers signes de la révolution commencent à être perceptibles et la décadence de l’aristocratie ne pourra plus jamais être enrayée.

Portrait de jeune femme de la noblesse
par Nicolas de Larguillière (1656 - 1746)