La société sous Louis XIV
La noblesse
La bourgeoisie
Les paysans
Les pèlerins


La bourgeoisie

Le grand événement social du règne de Louis XIV est la fulgurante ascension de la bourgeoisie. De méprisée, elle devient considérée, même si ce changement n’est pas du goût de tout le monde. Saint-Simon se plaît d’ailleurs à présenter cette époque comme un long règne de vile bourgeoisie.

Il est vrai qu’en voulant écarter les nobles du pouvoir, Louis XIV réserve les affaires aux bourgeois et leur donne le monopole du commerce et de l’économie. De plus, il s’entoure principalement de grands bourgeois que ce soit dans les lettres et les arts, ou la magistrature et la haute administration. Son ministre le plus influent, Colbert, fait également partie de la bourgeoisie, et en est le grand protecteur.

Vue du vieux port de Toulon
par Joseph Vernet
   
Marchand banquier - 1688
Le XVIIe siècle est donc une période faste pour la bourgeoisie française qui s’enrichit considérablement.
La bourgeoisie du commerce est la plus dynamique et Colbert la soutient d’autant plus qu’elle donne un essor important à la nation. Afin de promouvoir ces nouveaux hommes d’affaires, il crée de nombreuses institutions ainsi que des compagnies commerciales dont la Compagnie des Indes est la plus célèbre.

Molière est lui-même un bourgeois et se moque souvent de cette catégorie sociale, en pleine ascension, qui n’a pas encore pris toute la mesure de son nouveau statut.
Il en montre ses faiblesses lorsqu’elle cherche à singer l’aristocrate (cf Le Bourgeois Gentilhomme) tout autant que ses difficultés à s’imposer face aux nobles.
Mais il en profite aussi pour rappeler dans son Dom Juan que les bourgeois sont véritablement devenus les créanciers des seigneurs comme l’est M. Dimanche.
(acte IV, scène 2) :

   

 La Violette :
Monsieur, voilà votre marchand,
M. Dimanche, qui demande à vous parler.

Sganarelle :
Bon, voilà ce qu’il nous faut, qu’un compliment de créancier ! De quoi s’avise-t-il de ne venir demander de l’argent, et que ne lui disais-tu que Monsieur n’y est pas. (…)
Dom Juan :
Non au contraire, faites entrer. C’est une fort mauvaise politique que de se faire celer aux créanciers. Il est bon de les payer de quelque chose et j’ai le secret de les renvoyer satisfaits sans leur donner un double.

L’accueil fait par Dom Juan à son prêteur est traité de manière comique dans la scène suivante.
Molière y présente le déséquilibre entre Dom Juan, noble roué aux discours et pétri de ses privilèges passés,
et M. Dimanche, riche bourgeois qui prête à la noblesse, mais ne peut s’empêcher de l’admirer et de s’en croire encore le débiteur social.

Le parfait négociant
Gravure de Jacques Savary 1675 - Coll Viollet
   

Derrière sa cocasserie, cette scène n’est que le miroir exact de la réalité. Pendant tout le règne de Louis XIV, la noblesse ne cesse en effet de faire des dettes et considère comme inconvenant de les acquitter.
Les gentilshommes empruntent sans intention de rembourser et cette habitude se maintient même jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

La patience de M. Dimanche n’est cependant pas une généralité. Même s’il est flatteur, pour les petits bourgeois, d’être les créanciers de gentilshommes proches du roi, les procédures judiciaires finissent par être mises en place avec saisies et hypothèques sur les biens.
Cette situation n’est pas sans avantage pour Louis XIV qui propose aux gentilshommes de venir à Versailles où leurs maisons ne peuvent être ni vendues, ni saisies par voie de justice.
Le roi peuple ainsi sa ville et crée une Cour sous haute surveillance.