La société sous Louis XIV
La noblesse
La bourgeoisie
Les paysans
Les pèlerins


Les paysans

Dans Dom Juan, Molière laisse s’exprimer dans leur patois des paysans de l’Île de France qui occupent les trois premières scènes de l’acte II.
Le fait de donner à cette catégorie de la population un rôle aussi important est assez rare dans le théâtre du XVIIe. Le paysan y est, certes, souvent mis en scène, mais on lui laisse une toute petite place alors qu’il en tient une si grande dans la vie de la nation.
De plus, il apparaît toujours comme un homme simple, crédule, à la limite du benêt et qui se laisse berner par les seigneurs.

Famille de paysans dans une cour de ferme.
Le maitre aux beguins - Paris vers 1660
   
La charette
Louis le Nain - 1641

D’une certaine manière Molière reste dans la tradition du paysan manipulé par le seigneur, mais il l’exagère et la détourne. Si Dom Juan use de sa supériorité sur Pierrot, il y perd ainsi sa dignité, et la scène où il bat le paysan qui lui a sauvé la vie, appelle indirectement le spectateur à la compassion même lorsque le comique garde le dessus.
(acte II, scène 3)

 Pierrot :
Testiguenne ! parce qu’ous êtes Monsieu, ous viendrez caresser nos femmes à note barbe ? Allez-v’s-en caresser les vôtres.

Dom Juan :
Heu ?

Pierrot :
Heu.
(Dom Juan lui donne un soufflet) Testigué ! ne me frappez pas. (Autre soufflet) Oh ! jerniqué !
(Autre soufflet) Ventrequé ! (Autre soufflet) Plasanqué ! Morquenne ! ça n’est pas bian de battre les gens, et ce n’est pas là la récompense de v’s avoir sauvé d’estre nayé.

Bien avant les philosophes du Siècle des Lumières, et en utilisant le procédé comique, Molière est un des premiers à souligner les inégalités sociales de son temps.
D’autant que le fossé qui sépare alors les classes sociales est immense. Les paysans, qui représentent les neuf dixièmes de la population française et qui en sont ses nourriciers, sont durement imposés par le fisc et la gabelle et subissent des persécutions ainsi que des famines épouvantables.
Ils vivent dans des conditions souvent atroces comme le signale P. Clément dans son ouvrage sur la Vie de Colbert :

   

Jamais, il est triste de le dire, la condition des habitants de la campagne n’a été aussi misérable que sous le règne
de Louis XIV
, même pendant l’administration de Colbert, c’est-à-dire dans la plus belle période de ce règne et au commencement de ces grandes et fatales guerres qui en assombrirent la meilleure partie.

Touché par des hivers rigoureux, des temps de disette, et les guerres royales, le monde de la campagne donne une image souvent pathétique, comme celle, crue et violente, que La Bruyère a définitivement inscrite dans les mémoires :

L’on voit, certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus dans les campagnes, noirs, livides, et tout brûlés de soleil, attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opiniâtreté invincible. Ils ont une voix articulée, et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine et, en effet, ils sont des hommes.

Repas de Paysans
Louis le Nain - 1642