| Le Libertinage |
|
Don Juan représente,
au fil des temps et des réécritures successives de son histoire, le personnage
littéraire qui incarne le mieux le libertinage, dans son sens le plus
large, qu'il s'agisse du libertinage d'idées ou de mœurs. |
|
|
Le libertinage
traduit un courant de pensée philosophique qui s'inspire largement des
théories d'Épicure.
Il considère ainsi que le fonctionnement du monde répond aux lois de la
nature et de la matière et que l'homme doit user de son raisonnement
pour comprendre ces lois plutôt que de sa croyance aveugle en Dieu. Gassendi fournit une étude approfondie à ce sujet et ses leçons sont suivies en France par Cyrano de Bergerac et par Molière notamment. Parallèlement à ce libertinage d'idées, naît celui de mœurs, le premier amenant, par sa permissivité, à remettre en question les préceptes moraux autant que les préceptes religieux. Pour la société d'alors, la libre-pensée est facilement assimilée à la liberté de mœurs, voire à la débauche. D'ailleurs, en rejetant la morale traditionnelle basée sur la vertu, la pensée libertine entérine cette idée, vantant la recherche des plaisirs terrestres, qu'ils soient spirituels, matériels ou sensuels. Progressivement, et surtout au XVIIIe siècle, le libertinage se confond avec la licence morale. |
|
Dans son Dom
Juan,
Molière
a dépeint un libertin d'idées et de mœurs. |
|
Sganarelle
présente tout de suite son maître comme un athée (acte I, scène 1) :
Et, le lui reproche
ouvertement (acte I, scène 2) :
|
|
En fait, tout au long de la pièce de Molière, non seulement Dom Juan expose sa conception matérialiste du monde, mais il refuse le pouvoir de Dieu et s'estime même au-dessus de ses lois. Ses propos sont
d'autant plus dangereux pour son auteur que le libertinage ne dérange
pas, à l'époque, que les dévots. Pour Louis XIV, il représente une menace
sérieuse, car il défend des théories subversives qui remettent en question
la validité d'une société et d'une monarchie dont l'axe principal est
la religion. |
|
Rosimond, dans son Nouveau Festin de Pierre ou l'Athée foudroyé s'attache davantage au libertinage de mœurs et aux théories qu'il défend :
|
| Cette dernière version française de Don Juan, au XVIIe siècle, est reprise par Thomas Shadwell en Angleterre, sous l'appellation très évocatrice The Libertine, et ses exaltations de la nature sont parfaitement en phase avec celles que Thomas Hobbes développe dans une œuvre qui fait alors le tour d'Europe : Le Léviathan. |