La mode

Le costume  
   Le tabac


Le costume


Sous le règne de Louis XIV, la mode vestimentaire prend, pour les gens de la noblesse, une importance considérable, d'autant que la vie mondaine et la Cour favorisent la parade et imposent des diktats très sévères. De nombreux traités sont publiés et, pour les femmes comme pour les hommes, le costume devient une parure qui se laisse souvent aller à l'excès. Il semble que le recours aux passementeries, à l'or et aux dentelles ainsi que l'utilisation des textiles les plus précieux soient sans limites. Le commerce avec les Indes y contribue, apportant des étoffes nouvelles, riches et chatoyantes.

Le Comte de Toulouse
1694 - Chantilly - musée Condé
   

Le costume pourrait d'ailleurs être un bon indice social, car nobles et bourgeois ne sont officiellement pas à égalité pour son port. En ce qui concerne la bourgeoisie, le costume est réglementé. D'abord, il paraît anormal que les gens de la ville soient habillés aussi richement que ceux de la Cour, ensuite le goût du luxe risquerait de ruiner les bourgeois et enfin il est important de favoriser les productions françaises des Manufactures naissantes.
À partir de 1660, Louis XIV interdit ainsi aux bourgeois de porter, non seulement des étoffes d'or et d'argent, mais encore broderies, piqûres, chamarrures, guipures, passements, boutons, etc.
Cette réglementation n'est pas toujours efficace car les grands bourgeois n'aspirent qu'à se vêtir aussi richement que les gentilshommes et y parviennent malgré tout comme le souligne Molière dans Le Bourgeois gentilhomme.
Curieusement, les hommes sont peut-être encore plus esclaves de la mode que les dames et durant ce siècle le costume masculin évolue davantage que la toilette féminine.

   
Dès 1660, et l'ascension de Louis XIV au pouvoir, le pourpoint ne suffit plus à habiller un gentilhomme ; on le transforme en veste de velours ou de satin, on y ajoute un justaucorps dont les basques descendent jusqu'à mi-cuisse et on le complète même d'un manteau.
Depuis les épaules jusqu'aux souliers, le costume est orné de dentelles et de “ galants ”, sorte de ruban qui va avoir une vogue considérable jusqu'au XVIIIe siècle. Les précieux et les précieuses en raffolent et en font un usage exagéré qui finit par déformer le costume masculin. Dorimon, dans Le Festin de pierre
le souligne d'une manière ironique, lorsque Dom Jouan cherche à échanger son habit de gentilhomme avec celui, dépouillé, du pèlerin qu'il rencontre sur la route
(acte III, scène 2) :

Dom Jouan :
Briguelle, cet habit me serait fort commode Pour n'être pas connu.

Briguelle :
Pour éviter la mode,
C'est le meilleur moyen que vous puissiez trouver.
Avec cet habit, il ne faut point rêver,
Quels galants on mettra pour être à la moderne.

Dames de qualité (1644-1650)
D'après Le Blond
   

Molière, dans Dom Juan, se moque de cet habit outrancier, en laissant le soin au paysan Pierrot de le décrire pour sa compagne, Charlotte, (acte II, scène 1) :

 Pierrot :
(…) Il faut que ce soit queuque gros, gros Monsieur, car il a du dor à son habit tout depis le haut jusqu'en bas ; (…) ils avont des cheveux qui ne tenont point à leu teste ; et ils boutont ça après tout, comme un gros bonnet de filace.
Ils ant des chemises qui ant des manches où j'entrerions tout brandis, toi et moi.
En glieu d'haut-de-chausse, ils portant un garde-robe aussi large que d'ici à Pasque ; en glieu du pourpoint, de petites brassières, qui ne leu venont pas usqu'au brichet ; et en glieu de rabats, un grand mouchoir de cou à reziau, aveuc quatre grosses houppes de linge qui leu pendont sur l'estomaque.
Ils avont itou d'autres petits rabats au bout des bras, et de grands entonnois de passement aux jambes et parmi tout ça tant de rubans, tant de rubans, que c'est une vrai piquié. Ignia pas jusqu'aux souliers qui n'en soient farcis tout depis un bout jusqu'à l'autre ; et ils sont faits d'eune façon que je me romprais le cou aveuc.

   

La surcharge et la fantaisie de l'habit du gentilhomme détonnent d'autant plus aux yeux de Pierrot que les paysans doivent se contenter de larges braies, le plus souvent faites de draps ou de toile de lin.

Si d'immenses fortunes sont englouties dans le vêtement, d'autres, tout aussi considérables, le sont dans les perruques. Louis XIV en a adopté l'usage en 1673.
Les perruquiers, dont le nombre ne cesse d'augmenter, lancent de nouveaux modèles à chaque saison. Les perruques ont d'ailleurs de quoi étonner, car elles peuvent peser jusqu'à un kilo, les cheveux n'étant plus cousus sur des calottes mais tressés sur des fils de soie.
L'imitation de la chevelure naturelle est d'ailleurs si parfaite que l'Europe entière achète ses perruques en France.

Après tant de sophistication excessive, Louis XIV, sous l'influence de Mme de Maintenon, va cependant revenir à plus de sobriété dans le costume, à la fin de sa vie.

Gentihomme français
(1635-1640)