|
|
Le discours |
|
La conversation,
le débat, la tirade ou le monologue sont le propre du théâtre
français du XVIIe siècle. En France, à cette
époque, le langage n'est pas seulement un moyen de communication verbale,
il est le signe d'une société à l'aube de la modernité qui souhaite s'élever |
|
|
Le langage devient
d'ailleurs un véhicule déterminant de la pensée, des sentiments et de
l'art. À la
Cour, ou dans les salons, il traduit le raffinement de l'esprit
influencé par la préciosité.
Dans la tragédie,
il magnifie les sentiments héroïques avec une éloquence construite que
Corneille
porte à son apogée. C'est la raison pour laquelle, dans un tel contexte, les versions françaises de Don Juan sont beaucoup plus portées sur le langage que les versions espagnole, italienne et anglaise de ce même siècle. Chez Molière,
tout particulièrement, Dom
Juan est un beau parleur, habile manipulateur de concepts
et de théories, dialecticien hors pair, à la hauteur des exigences de
son public. Il utilise le discours pour chaque chose, en gentilhomme
rompu aux fréquentations mondaines. |
|
C'est ainsi qu'il
impose ses vues à son valet Qu'il séduit la
paysanne, Charlotte
(acte II, scène 1) : Ou qu'il argumente
pour défendre des théories cyniques, vantant avec force arguments l'infidélité
: Cependant, au-delà
de cette utilisation du langage à des fins de conviction, les discours
de Don Juan ouvrent également la voie à une véritable liberté d'expression
sur des sujets alors considérés comme intouchables. |
|
|
En fait, Dom Juan manie les mots autant que le raisonnement et la vision rationaliste du monde selon Descartes n'est pas loin. Chez de Villiers,
dans Le
Festin de Pierre ou le Fils criminel,
Don
Juan ose même dire (acte I, scène 5) : |
|
Aux côtés de Don
Juan, tous les personnages sont aussi passés maîtres en matière de discours.
Les valets français, qu'ils s'appellent Sganarelle chez Molière, Briguelle
chez Dorimon
ou Philippin
chez de Villiers sont de fieffés bavards qui discourent sur les choses
de la vie autant que sur la morale de leur maître. La France du XVIIe siècle est d'autant moins avare de mots que sa langue prend, à cette époque, sa tournure classique qui ne va plus beaucoup changer dans les siècles à venir. |
|