|
|
La condition des femmes |
|
L'acte de séduction
de Don Juan passe, presque systématiquement, par l'acte de mariage. Pourtant, les mariages de Don Juan ne sont pas incompatibles avec la réalité que vit la société du XVIIe siècle, exception faite de leur côté répétitif. |
|
|
Quand on lit dans le Dom Juan de Molière les passages suivants :
|
|
On reste surpris
par la facilité avec laquelle un mariage semble possible, mariage qui
ne paraît nécessiter ni engagement, ni procédure légale. Le Concile
de Trente a d'ailleurs établi de nouvelles bases pour les
mariages, que les rois de France font passer par l'ordonnance royale
de 1579. Celle-ci a pour objectif de légaliser l'acte de mariage afin
d'éviter les mariages non officiels. Avec cet édit, on ne peut désormais
valablement contracter mariage sans avoir fait la publication
de trois bans, et sans qu'il n'y ait la présence d'un prêtre et de quatre
témoins. |
|
|
C'est ainsi que procède Don Juan, comme cela est clairement dit dans Le Festin de Pierre de Thomas Corneille (acte III, scène 2) : Léonor
: Don
Juan : Louis XIV devra s'attaquer à nouveau au problème en 1697 car les édits précédents n'ont pas été capables d'empêcher ces mariages de se perpétrer. En fait la répression du mariage clandestin restera d'actualité, en France, sous la Révolution et même durant tout le XIXe siècle. C'est par le mariage civil, qui va remplacer légalement le mariage religieux, que la clandestinité va complètement disparaître. À côté du mariage clandestin, l'autre aspect du mariage qui semble fort désuet aujourd'hui est son alternative immédiate avec le couvent. Dans la version de Molière, Dom Juan enlève Elvire d'un couvent pour l'épouser : |
|
Et dans la version
de Thomas Corneille, il propose à Léonor de l'épouser afin de lui éviter
le couvent (acte V, scène 3) : La menace que représente
le couvent est alors bien réelle car c'est souvent le sort réservé aux
femmes que les familles ne peuvent pas marier, et tout particulièrement
dans la haute noblesse. |
|
| Il l'est
aussi pour les femmes de plus modeste condition et la pièce de Thomas
Corneille (acte III, scène 2) le dit sans détour : Léonor : Il faudra que je sois pourtant religieuse. Don Juan : Ah ! quel meurtre ! Et d'où vient ? Est-ce que vous avez Tant de vocation... Léonor : Pas trop, mais vous savez Qu'on menace une fille ; et qu'il faut sans murmure... (...) À cause de ma sœur qu'on aime plus que moi : On la mariera mieux, quand on aura plus qu'elle. |
|
Qu'il s'agisse de couvent ou de mariage, la décision appartient de toute façon à la famille de la jeune fille qui lui impose son choix, généralement d'ordre économique. Lorsqu'elle se marie, la femme est très jeune, l'autorité du père est remplacée par celle du mari et le rôle de l'épouse est à son tour parfaitement codifié par la société. Molière a souvent mis en scène les mariages imposés dans ses comédies. Rosimond
le fait également dans le Nouveau
Festin de Pierre ou l'Athée foudroyé,
mais avec beaucoup plus de crudité et de cynisme (acte II, scène 2)
: |