Ce n'est que quelques mois après la représentation du Festin de Pierre ou le Fils criminel de Dorimon que Villiers fait représenter sa propre version à l'Hôtel de Bourgogne, soit dans le courant de l'année 1659.
  Le succès que remporte parallèlement le même sujet, joué à Paris par les comédiens italiens, aurait, semble-t-il, motivé Villiers à produire à son tour, cette histoire.
Le texte et l'intrigue sont très proches de la pièce de Dorimon, bien que le scénario italien lui ait également servi d'inspiration, ajoutant, de ce fait, quelques différences.

La pièce se passe, comme chez Dorimon, en Andalousie.

Elle commence par un échange entre deux femmes, Amarille et Lucie, au cours duquel Amarille explique son amour pour Dom Philippe.
Cet amour, bien que réciproque, est cependant contrarié par son père Dom Pierre, jaloux de la renommée de ce prétendant.
Lorsque Dom Philippe vient lui rendre visite, Amarille maudit cette tyrannie paternelle ; tous deux décident donc d'un rendez-vous secret pour pouvoir se retrouver. Dom Juan surprend cette conversation et compte tirer profit de cette information pour duper Amarille.
Avant de concrétiser ce vil dessein, il rencontre son père, Dom Alvaros, en compagnie de son propre valet, Philipin. Durant l'entretien entre Dom Juan et son père, ce dernier tente de raisonner un fils qui refuse d'entendre ses remontrances et vante sa vie dissolue avec plaisir et provocation.

L'acte II s'ouvre sur Philipin faisant le guet et maugréant pendant que Dom Juan escalade un balcon pour s'introduire chez Amarille.
Aux cris affolés de celle-ci, son père, Dom Pierre, intervient et affronte celui qui vient d'attenter à l'honneur de sa fille. Dom Juan se défend et le tue.
Amarille explique la situation à Dom Philippe qui promet de la venger.
Philipin sort de sa cachette et se plaint de son maître. Quand celui-ci le rejoint, il l'oblige à s'échanger leurs habits pour masquer sa fuite, maintenant que Dom Philippe et les archers de la ville sont à ses trousses, mandés par Amarille. Philipin réussit à quitter la ville en dupant les archers.

À l'acte III, Dom Juan retrouve Philipin, et propose de faire un voyage par-delà les mers. Le valet réprouve ce projet qui ne l'enchante pas et annonce à Dom Juan la mort de son père. Au moment où Philipin, finalement convaincu, s'apprête à gagner le port, ils croisent tous deux un pèlerin. Dom Juan y voit une fort bonne aubaine et somme cet homme pieux de lui donner son habit afin de pouvoir circuler sous une identité discrète. Dom Philippe arrive sur ses entrefaites. Philipin s'éclipse et Dom Juan joue son rôle d'ermite devant Dom Philippe. Après lui avoir soutiré son épée sous de faux prétextes religieux, il se démasque et le tue.

L'acte suivant se situe à la campagne où deux paysans, Philémon et Macette, commentent un naufrage ainsi que les rumeurs de la ville sur la mort de Dom Pierre et la fuite d'un certain Dom Juan.
Les rescapés que Philemon héberge sans les connaître, soit Dom Juan et son valet, semblent fort retournés par l'aventure qu'ils viennent de vivre et Dom Juan se laisse même aller à un long repentir.
À proximité d'eux, deux jeunes paysannes, Bélinde et Oriane discourent de leurs amours. Lorsque Dom Juan les aperçoit, il abandonne promptement toutes les promesses de changement qu'il vient de faire à Philipin. Il tente de les séduire chacune à leur tour et toutes les deux ensemble pendant que Philipin essaie vainement de lui rappeler ses précédents propos. Alors que Dom Juan et Bélinde disparaissent, Philipin brosse le portrait amoureux de son maître à Oriane, égrenant son catalogue de conquêtes.
Dom Juan rejoint précipitamment Philipin, et, la liste de ses méfaits s'allongeant, lui demande de quitter le village sans plus attendre.
Sur leur chemin, il découvre le tombeau de Dom Pierre. Après avoir lu l'épitaphe qui l'orne, Dom Juan demande à Philipin d'aller inviter la statue, Ombre de Dom Pierre, à dîner. Celle-ci accepte.

Au début du dernier acte, Dom Juan et Philipin attendent l'Ombre de Dom Pierre qui doit venir souper. A son arrivée, Philipin est terrorisé alors que Dom Juan manifeste un profond détachement. L'Ombre sermonne Dom Juan, lui reproche son comportement et l'adjure de changer d'attitude au risque de voir la vengeance divine faire justice. Devant la désinvolture et l'impertinence de Dom Juan, l'Ombre l'invite à son tour à dîner.
À la scène suivante, Philémon et Macette préparent le mariage de leur fille. Dom Juan fait irruption dans cette noce campagnarde et kidnappe la mariée, laissant les parents dans un profond désespoir.
Lorsque Dom Juan réapparaît, il entraîne son valet vers le tombeau de Dom Pierre où l'attend son souper avec l'Ombre. Le dernier avertissement de l'Ombre se heurte à la même inflexibilité de Dom Juan.
La vengeance annoncée se manifeste et après un grand coup de tonnerre, des éclairs foudroient Dom Juan. Philipin annonce la mort de Dom Juan à Macette et Philémon qui accourent et tirent la morale de cette mort.


Molière
a tiré, de la pièce de Villiers, comme de celle de Dorimon, certains éléments qu'il utilise dans son Dom Juan. Ainsi le portrait que Sganarelle brosse de Dom Juan (acte I, scène 1) reprend la description que Philipin fait ici de son maître (acte II, scène 6). De même, le passage où Sganarelle se cache quand Dom Juan est attaqué par les frères d'Elvire (acte III, scène 5) trouve son origine dans la pièce de Villiers, lorsque Philipin se cache pendant que Don Juan séduit Amarille (acte II, scène 3).
Tout comme la scène de double séduction de Charlotte et Mathurine chez Molière (acte II, scène 4) n'est pas sans évoquer la double séduction chez Villiers de Belinde et Oriane (acte IV, scène 5).