Le théâtre en Italie au XVIIe siècle / Le carnaval
   
Le carnaval

Le carnaval existe en Europe depuis les temps les plus anciens. L'idée d'inverser les mondes, de prendre la place d'un autre par le biais d'un masque et d'un déguisement, ou de libérer des croyances païennes s'est propagée dans tous les pays et chacun l'a récupérée selon sa culture et sa situation sociale et religieuse. Des rites akkadiens de Babylone au IIIe siècle avant J.-C. aux fêtes des fous du Moyen Âge chrétien, le carnaval a toujours représenté un moment d'exception durant lequel toutes les valeurs changeaient de sens, donnant une liberté totale mais provisoire, le temps d'une fête parodique et féerique. En Italie, le carnaval devient vite le modèle le plus achevé de la fête aristocratique et les villes italiennes s'adonnent à des parades subtiles et sophistiquées dans lesquelles le royaume de la cité se superpose à celui de la folie. À partir de la Renaissance, le carnaval prend une telle importance sociale qu'il mobilise les plus grands artistes autant pour écrire les textes des chansons que pour dessiner les costumes et les chars. En Toscane, le cortège comprend des chars mythologiques, les trionfi, qui voisinent avec une galerie burlesque et audacieuse des métiers et du monde à l'envers, les carri.
Le jeu des masques et des inversions est très à la mode, et chaque ville met aussi en scène, dans les fêtes et les mascarades de son carnaval, son pouvoir politique ou ecclésiastique. Venise fait culminer les réjouissances le jeudi gras, devant
le Doge, avec le sacrifice des taureaux et des cochons qui symbolise la redevance annuelle à la République sérénissime. Rome illustre les triomphes du christianisme et le “ Norcino ” fanfaron tueur d'infidèles, pourchasse symboliquement les juifs qui, bien que protégés des États du pape, doivent révéler, au carnaval, ce qui fonde leur différence.
Bientôt le théâtre et le carnaval fusionnent. La saison des spectacles bat son plein entre Noël et le carnaval et lance toutes ses nouveautés à cette occasion. C'est ainsi que
Ruzzante débute sa carrière à Venise et présente sa Comédie villageoise que reprend plus tard la Commedia dell'Arte. De même, le premier opéra Orfeo est représenté à l'occasion des fêtes du carnaval de Mantoue en 1607. D'une certaine manière, le carnaval, qui est une fête de toute la ville au XVIIe siècle, a activement participé à l'ouverture des théâtres au peuple, en faisant passer les représentations des palais privés vers des lieux créés spécialement pour les accueillir. Le théâtre renvoie à son tour ses habitudes au carnaval et les masques de la Commedia dell'Arte deviennent le signe de la fête par excellence.
C'est ainsi que le siècle suivant, à Venise, ils s'intègrent tant à la période carnavalesque qu'ils permettent les galanteries les plus folles. Le bal masqué est alors le divertissement le plus prisé de la république décadente, reproduit par toutes les Cours européennes.
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