Le théâtre en Italie au XVIIe siècle / Troupes et itinéraires
   
Troupes et itinéraires

C'est avec la Commedia dell'Arte, qu'apparaissent, en Italie, les premières troupes d'acteurs professionnels, organisées en grandes familles. Celles-ci sont alors peu nombreuses, mais elles rencontrent un succès immense et leurs noms se retrouvent dans l'histoire des Cours princières italiennes et européennes. À partir du milieu du XVIe siècle se succèdent la compagnie de Pedrolino, celle de Zan Ganassa, puis les plus célèbres comme les Gelosi, les Desiosi, les Confidenti ou les Uniti. Leur nom vient d'abord de celui de l'acteur principal qui mène la troupe. Ensuite, il devient un qualificatif publicitaire ; ainsi le nom de Gelosi qui veut dire jaloux, doit être interprété comme “ jaloux de plaire ”, tout comme celui de Confidenti veut dire “ confiants dans leur art et dans l'indulgence du public ”. Durant la deuxième moitié du XVIIe siècle, on ne désigne plus les compagnies d'un nom collectif, mais de celui de leur protecteur et mécène, tel les Estense de Modène ou les Farnèse de Parme.
Ces troupes sont organisées avec soin et précision, comme de petites entreprises commerciales. Elles comprennent en principe une douzaine de membres qui sont réunis par un contrat passé devant notaire, bien que les acteurs changent fréquemment d'une troupe à l'autre. Ce qui les caractérise le plus est leur professionnalisme et la qualité des esprits qu'elles regroupent.
Il ne s'agit pas de saltimbanques itinérants dépenaillés et misérables mais d'organisations souvent financièrement aisées qui comptent des personnes érudites et cultivées capables de philosopher dans la rédaction de leurs histoires. Enfin, ces troupes sont surtout itinérantes et cette particularité, unique dans l'Europe de l'époque, est déterminante pour comprendre leur influence. Elles parcourent les routes à l'intérieur de l'Italie et hors de ses frontières, et leur cheminement révèle autant les liens politiques qui existent entre certains pays que les itinéraires économiques qui définissent alors le commerce européen.
L'histoire de Don Juan en donne un parfait exemple. Cette pièce est née dans l'empire espagnol, et celui-ci comprend alors tout le sud de l'Italie dont le royaume de Naples. Elle passe donc naturellement de l'Espagne à l'Italie et traverse ensuite toute l'Europe dans les bagages de la Commedia dell'Arte, allant à Paris, à Vienne, en Allemagne où elle est récupérée à nouveau par les comédiens de ces différentes villes. Qui l'a apportée en Italie, quand et comment, sont des interrogations sans réponse mais il est certain qu'on retrouve des traces de compagnies italiennes en Espagne dès la fin du XVIe siècle. Ainsi les Cortesi étaient à Madrid en 1582, et à Séville en 1584 et la compagnie de Zan Ganassa remporte un tel succès en Espagne dès 1574 qu'elle établit sa résidence à Madrid pour plusieurs années.
Au XVIIe siècle, la maison des Habsbourg habilement constituée par Charles Quint, ne règne pas qu'en Espagne, car l'autre branche dirige l'empire d'Autriche. Par les relations qui unissent ces pays avec l'Église romaine et les possessions espagnoles en terre italienne, la Commedia dell'Arte franchit également ces frontières. On retrouve ainsi la troupe des Fedeli, à Prague et à Vienne en 1627 auprès de l'empereur Ferdinand.
Le passage de la Commedia dell'Arte en France a aussi des raisons d'ordre politique puisqu'elle fait son apparition grâce à Catherine de Médicis lorsque celle-ci arrive à la Cour de France.
La route lui est ainsi grande ouverte et la compagnie des Gelosi est appelée à Blois en 1577 par Henri III, et réside en France à l'hôtel de Bourbon pendant une année. De nombreuses troupes se succèdent ensuite à Paris et des comédiens italiens s'y installent définitivement dans la première moitié du XVIIe siècle. À l'intérieur même de l'Italie, l'itinéraire des troupes est guidé par les carnavals, les grandes foires marchandes ou par l'appel d'un prince ou d'un duc qui souhaite les associer à une festivité. Si le déplacement de ces compagnies implique le transport constant des décors et des costumes, il ne faut pas croire qu'il s'agisse d'un matériel succinct, bien au contraire. Certaines représentations se font en plein air, sur des tréteaux, mais lorsque la situation le permet, les troupes jouent dans les théâtres privés des aristocrates qui les appellent. Elles y déploient alors des décors peints avec des rues en perspective et ont recours à un luxe énorme de machineries avec feux d'artifice, fontaines et effets à sensation.
C'est ainsi qu'une nouvelle approche théâtrale se répand en Europe avec des structures, une organisation, une gestuelle et un sens de la mise en scène qui révolutionnent les habitudes et les techniques et participent à l'évolution du théâtre européen.
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