L'Italie catholique

La Contre Réforme, qui se met en place depuis le XVIe siècle dans tous les pays catholiques désireux de vaincre le protestantisme, n'a pas, en Italie, des répercussions aussi draconiennes qu'en France ou en Espagne.
En effet, ce pays, vieille terre chrétienne, qui héberge l'État pontifical, n'est secoué par aucune des velléités hérétiques stigmatisées ailleurs.
On n'y trouve alors pratiquement pas de protestantisme affiché ou vindicatif, ni de sorcellerie organisée et aucune présence massive de juifs ou de musulmans, qui
“ justifierait ” une politique de représailles ou d'éducation des esprits.
Le ravissement de St Paul
Nicolas Poussin - 1649-1650
   
Etude de la façade de San Carlo
alla Quattro Fontane - Borromini
En revanche, le catholicisme issu du concile de Trente, innove en Italie sur le plan de la diffusion des croyances avec des cadres de représentation et des manières de vivre le sacré qui changent radicalement durant le XVIIe siècle.
L'église se veut alors plus didactique et plus accessible aux fidèles.
Ainsi, une mission d'évangélisation est tout d'abord mise en place, avec les jésuites comme maîtres d'œuvre, imités bientôt par d'autres ordres religieux tels les capucins.
   
Par ailleurs, les confréries se multiplient afin de pénétrer le monde des laïcs. Chaque village possède bientôt une
Confrérie du Saint-Sacrement et une Confrérie du Rosaire, sorte de centres de sociabilité, de dévotion et de méditation desquels les femmes sont exclues.
Les œuvres charitables et de bienfaisance connaissent également un regain d'activité et des conservatoires, lieux intermédiaires entre le couvent et la maison de correction, fleurissent pour accueillir les jeunes filles pauvres, les veuves ou les prostituées.
Les trois Maries
vers 1604 - Annibale Carracci
   
La diseuse de bonne aventure
Carravaggio - Musée du Louvre
Le plus intéressant, et certainement le plus significatif pour le développement de l'art, est la volonté que manifeste l'Église de propager son histoire et de légitimer le culte des images face aux critiques des protestants.
C'est ainsi que le XVIIe siècle italien devient une manne pour les artistes, qu'ils soient peintres, sculpteurs ou architectes.
Le triomphalisme de l'Église est alors porté aux sommets avec des hommes comme Le Bernin, Borromini ou Le Caravage qui s'inscrivent dans la mouvance de l'art baroque.
Les murs des chapelles et les dessus d'autels se couvrent de peintures et de sculptures qui sont les livres des pauvres, ceux qui prêchent les valeurs fondamentales de l'Église. De même, la gravure se développe considérablement et favorise la diffusion d'images pieuses. Enfin, la liturgie se veut plaisante et attractive et s'accompagne de musique sacrée avec des messes chantées par des voix polyphoniques.
C'est également une période de renouvellement des pèlerinages, qui incluent le pèlerinage romain, celui du sanctuaire de Notre Dame de Lorette et celui de
Saint François d'Assise
.
   
Parallèlement à ces efforts pour améliorer la diffusion et la rendre accessible au plus grand nombre, l'Église compte cependant des organes de répression tel un tribunal de l'Inquisition, mais, même si celui-ci est devenu célèbre avec le procès de Galilée, il n'atteint jamais la réputation de l'Inquisition espagnole, et ne joue pas un rôle politique aussi important. Servie par des artistes de tout premier ordre, l'Église catholique italienne du XVIIe siècle est une vieille dame qui utilise les artifices du décorum, pour continuer à imposer sa grandeur et sa supériorité au monde ; le baroque monumental lui fournit toutes les parures dont elle a besoin.
Galilée
par Ottavio Leoni - Florence