Le théâtre en Italie au XVIIe siècle

La situation théâtrale en Italie au XVIIe siècle est faite de contrastes, à l'image même de son art baroque, où le monumental le plus rigide et imposant côtoie des arabesques changeantes, pleines de vie et d'expression. Le théâtre a ce double aspect tout au long du siècle. D'un côté, il laisse à la postérité des constructions pérennes et exemplaires, solides bâtiments destinés à accueillir le public selon des critères artistiques et sociaux bien codifiés.
De l'autre, il rayonne aux quatre coins de l'Europe, par des comédies pétillantes et légères, tissées sur des textes éphémères et portées par des troupes itinérantes qu'aucun lieu ou modèle ne semble pouvoir emprisonner.
Troupe itinérante - Karel Dujardin - 1657
   
Probablement Troupe des Gelosi - fin XVIe
Le théâtre italien est alors un vrai paradoxe.
L'écriture théâtrale de cette époque ne comporte aucun dramaturge de renom et ne laisse pratiquement pas de trace dans les mémoires, ni de manuscrit digne de ce nom. Pourtant, les représentations n'ont jamais été aussi nombreuses et recherchées.
Mises en scène et en mots avec un style nouveau que crée la Commedia dell'Arte, elles colportent l'art théâtral italien dans toutes les Cours européennes.
   
Ses personnages tels Arlequin ou Polichinelle, puisés dans le peuple italien, s'exportent et s'adaptent à toutes les sociétés qui les accueillent. Ce théâtre insaisissable, fait uniquement d'improvisation, est une des facettes de l'art baroque. Il incarne sa mouvance et son exubérance, par opposition au théâtre sérieux de la Commedia Sostenuta qui n'est plus qu'une ennuyeuse adaptation des anciens classiques.
Décor de la pièce Gli Inganni
de Curzio Gonzaga - XVIe
   
Opéra de Turin - 1740
Alors qu'elle possède un jeu théâtral qui échappe à tout repère, l'Italie, dans sa soif d'architecture, construit des théâtres, qui sont des symboles de permanence et de codification.
Le théâtre “ à l'italienne ” est en fait l'autre facette du baroque, celle qui affiche le luxe et la monumentalité.
Les lieux de représentation
trouvent en lui, un modèle, que les capitales des autres pays s'empressent de copier.
Cet écrin ne se contente pas d'être splendide.
Il trouve rapidement une expression artistique à sa mesure, car l'Italie du XVIIe siècle crée aussi le drame en musique, dénommé opéra. Des compositeurs de génie, tel Monteverdi, métamorphosent le récitatif chanté et offrent ainsi au théâtre à machines, des œuvres adaptées à ses fastes et aux possibilités de sa mise en scène.
Bientôt, comme le carnaval, le théâtre d'opéra devient un lieu de parade autant que de spectacles et participe au sens inégalé de la fête qu'affichent les Italiens.
 
L'Italie du Seicento, avec la Commedia dell'Arte, le théâtre à l'italienne et l'opéra, donne au spectacle européen, trois de ses plus inoubliables créations, bien significatives de l'exubérance artistique qui caractérise alors la péninsule.

Masques de la Commedia dell'Arte - Teatro alla Scala - Milan