Le banditisme

À partir de la seconde moitié du XVIe siècle et au début du siècle suivant, une vague impressionnante de banditisme déferle sur l'Italie, exprimant le profond malaise économique que vit alors le pays. Ces explosions de banditisme correspondent avec les grandes famines et la tension de plus en plus forte qui s'installe entre les villes consommatrices et les campagnes affamées.
Pour nourrir les premières en viande, les cultures céréalières font place à l'élevage et le cours du blé augmente dramatiquement pour les petites gens.
Tombe de Caecilia Matella
   
Les brigands sont d'abord des paysans affamés, qui expriment leur rébellion contre les villes. Mais la tension qui grandit entre les régions périphériques des villes et la tutelle de plus en plus forte que celles-ci imposent finit aussi par impliquer les féodaux qui occupent ces territoires.
Un autre banditisme voit alors le jour, mené par les seigneurs terriens qui souhaitent échapper au pouvoir central.
Ces deux mouvements de révolte, l'un d'origine aristocratique et l'autre, essentiellement paysan, sont incarnés par deux hommes qui marquent leur temps. Alfonso Piccolomini, duc de Montemarciano et apparenté à la grande famille des Orsini, d'un côté, et Marco Sciarra, de l'autre, l'homme du peuple qui vole aux riches pour donner aux pauvres.
Cette vague menace de plus en plus Rome et aux environs de la ville, la tombe de Caecilia Metella devient le repaire des bandits qui font trembler la population. Entre Naples, grand centre de banditisme également, et la ville papale, les communications sont même coupées à certains moments et il devient nécessaire de fermer les portes de la ville, la nuit, comme en temps de guerre.
 

Ces forces anarchiques qui s'installent un peu partout dans le pays déclenchent une politique de répression.
En 1595, le pape Clément VIII monte une armée en collaboration avec les troupes napolitaines mais, même si cette offensive est victorieuse, le banditisme reprend de plus belle ensuite. Il ne se calmera vraiment qu'à la fin du XVIIe siècle.

   
Alessandro Manzoni

Il est donc difficile de ne pas associer ce phénomène à la vie de tous les jours et le théâtre s'en empare et l'intègre naturellement à ses comédies.
Les zanni dans la Commedia dell'Arte miment les brigands lors de leurs lazzi, ou se font temporairement brigands eux-mêmes. On en trouve également des traces dans la
Commedia Sostenuta comme le montre Il convitato di Pietra
de Cicognini à l'acte II, scène 12 :

Fichetto :
Je suis chargé de faire savoir que le Commandeur Oliola a été assassiné. Si tu savais qui est l'assassin, tu gagnerais dix mille écus et quatre têtes de bandits.

Passarino :
Mais qui pourrait en tirer profit de ces quatre têtes de bandits ?

Fichetto :
Ça veut dire que quatre personnes, qui sont des bandits, peuvent être libérées ; pour ce faire, l'un te donnera trois mille écus, un autre quatre mille, l'un plus, l'autre moins, t'as compris ? (…)

Passarino :
Diable ! Dix mille écus et quatre têtes de bandits, c'est un beau pactole. Moi, je ne serai plus pauvre (…)

 
Le bandit italien de cette époque a marqué les esprits, et la littérature du XIXe siècle s'en empare à son tour.
En Italie, Alessandro Manzoni dans son roman Les Fiancés met en scène la Lombardie du XVIIe siècle et fait un rappel documenté sur ces “ braves ” qui étaient plutôt des bandits, mercenaires.
En France, Alexandre Dumas s'attache davantage au côté aventurier et mystérieux de l'histoire, et dans le Comte de Monte Christo, imagine une partie de son intrigue dans le repaire des bandits situé sous le célèbre tombeau des abords de Rome.